Vendredi 22 septembre 2006

APRÈS L'HIVER
VICTOR HUGO
Tout revit, ma bien aimée !
Le ciel gris perd sa pâleur ;
Quand la terre est embaumée,
Le coeur de l'homme est meilleur.
En haut, d'où l'amour ruisselle,
En bas, où meurt la douleur,
La même immense étincelle
Allume l'astre et la fleur.
L'hiver fuit, saison d'alarmes,
Noir avril mystérieux
Où l'âpre sève des larmes
Coule, et du coeur monte aux yeux.
O douce désuétude
De souffrir et de pleurer !
Veux-tu, dans la solitude,
Nous mettre à nous adorer ?
La branche au soleil se dore
Et penche, pour l'abriter,
Ses boutons qui vont éclore
Sur l'oiseau qui va chanter.
L'aurore où nous nous aimâmes
Semble renaître à nos yeux ;
Et mai sourit dans nos âmes
Comme il sourit dans les cieux.
On entend rire, on voit luire
Tous les êtres tour à tour,
La nuit les astres bruire,
Et les abeilles le jour.
Et partout nos regards lisent,
Et, dans l'herbe et dans les nids,
De petites voix nous disent :
"Les aimants sont les bénis !"
L'air enivre ; tu reposes
A mon cou tes bras vainqueurs.
Sur les rosiers que de roses !
Que de soupirs dans nos coeurs !
Comme l'aube, tu me charmes ;
Ta bouche et tes yeux chéris
Ont, quand tu pleures, ses larmes,
Et ses perles quand tu ris.
La nature, soeur jumelle
D'Eve et d'Adam et du jour,
Nous aime, nous berce et mêle
Son mystère à notre amour.
Il Suffit que tu paraisses
Pour que le ciel, t'adorant,
Te contemple ; et, nos caresses,
Toute l'ombre nous les rend !
Clartés et parfums nous-mêmes,
Nous baignons nos coeurs heureux
Dans les effluves suprêmes
Des éléments amoureux.
Et, sans qu'un souci t'oppresse,
Sans que ce soit mon tourment,
J'ai l'étoile pour maîtresse ;
Le soleil est ton amant ;
Et nous donnons notre fièvre
Aux fleurs où nous appuyons
Nos bouches, et notre lèvre
Sent le baiser des rayons.
(Les contemplations)
Dimanche 17 septembre 2006
Toi... mon Soleil
Pier de Lune
Toi, dont le visage est mon chemin d'étoiles
la première fois j'ai vu dans tes yeux le soleil se lever
tu as su faire éclore la rose endormie sous la neige
ce jour-là tu me fis présent de la lune
d'une averse d'étoiles qui depuis
éclairent mes nuits, mes cieux vides
au premier baiser j'ai senti
la terre palpiter dans ma main
comme le coeur d'un oiseau captif
quand de ton corps contre le mien
tu fis naître en moi des frénésies sauvages
tu t'emparas de mes yeux
j'ai vu luire ton beau regard
jusqu'à ton coeur battant
de tourbillons en tourbillons
j'ai cru que notre joie remplirait la terre
jusqu'à la fin du temps
mon aimé, l'amour est un fleuve
où se noie le tendre roseau
il purge l'âme de ses laideurs
il est soif, faim, un mal sans fin
l'amour est une fleur dont tu es l'unique graine
il est aussi un rêve effrayé du réveil
celui qui ne saisit pas la chance d'aimer
ne saura ni la vie ni rien donner
son âme craindra la mort
il n'aura jamais vécu le bonheur
coeur tourmenté n'apprend jamais à valser
si la nuit te semble trop vide
ta route longue et abrupte
si tu crois un seul instant
que l' amour est absent
rappelle-toi qu'au printemps
dort sous les neiges amères
une graine qui demande à fleurir
par l'amour d'un Soleil
Dimanche 3 septembre 2006
DES ENFANTS
Et une femme qui portait un enfant dans les bras dit:
Parlez-nous des Enfants.
Et il dit : Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à elle-même,
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas. Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées,
Car ils ont leurs propres pensées.
Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,
Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter,
pas même dans vos rêves.
Vous pouvez vous efforcer d'être comme eux,
mais ne tentez pas de les faire comme vous.
Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s'attarde avec hier. Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés.
L'Archer voit le but sur le chemin de l'infini, et Il vous tend de Sa puissance
pour que Ses flèches puissent voler vite et loin.
Que votre tension par la main de l'Archer soit pour la joie
Car de même qu'Il aime la flèche qui vole, Il aime l'arc qui est stable.
Khalil Gibran

Où es- tu ?
Elle se réveille
L'esprit encore en veille
Regarde le grand lit
Se souvient des moments infinis
Sa main ne touche rien
Seul le drap la retient
Une pensée lui surgit
Rose comme un fruit
Elle ne voit ni son corps, ni ses mains...
Juste son sourire du matin
Elle le dessine
Des mains le patine
Un baiser s'échappe
Doux comme le son d'une harpe
Ses yeux sont clos
Pour le garder dans un enclos
Lui dit des mots doux
Caresse son cou
Ses yeux se dessinent
Tendres elle les devine
Ils ont la couleur de ses rêves
Le temps d'une trêve
Ses gestes sont comme son regard
Tendres et pleins d'égard
Il ne doit être homme, mais ange
Elle sent ses mains sur ses hanches
Se laisse aller
À son baiser
Le corps prend son dû
De tous ses moments perdus
Puis, son rêve prend fin
Comme la brume du matin
Le bras tendu
Sur l'absent inconnu
Thierry Buze